Le monument aux morts (disparu) de l'ATE.

Dix noms de cartouchiers étaient honorés sur ce monument.  

Trois Morts pour la France en 1914-1918 et sept Morts en Déportation ou en captivité en 1939-1945.
En 2010, le monument aux morts, un temps préservé par les travaux liés à la création du nouveau quartier, à été détruit.
Des démarches sont menées par notre association afin de réhabiliter leur mémoire par la construction d'un nouveau monument aux morts au sein même de l'écoquartier. 

Voici comment apparaissait le monument aux morts en 2010, juste avant sa destruction.

Les plaques commémoratives furent tout de même épargnées et conservées.

 



Pour que leurs noms ne soient jamais oubliés.

Dans l’état actuel de nos recherches, nous ignorons encore l’année de construction du monument aux morts de l’Atelier de Fabrication de Toulouse (ATE).

Nous pensons toutefois que ce fut après la deuxième guerre mondiale. 

Deux faits nous confortent dans cette hypothèse :

  • Tout d’abord : la particularité de son épitaphe   A NOS CAMARADES MORTS POUR LA FRANCE 

Bien que le terme camarades gravé sur un monument officiel, bâti au sein même d’un établissement du Ministère de la Guerre, rappelle la période qui suivit la Libération, ce mot est probablement utilisé ici dans le sens de camarades … de travail. 

Rien de plus naturel que d’honorer ses braves sur le fronton d’un monument situé près des différents ateliers où ils travaillèrent, au centre même de l’établissement, face à la Direction.

  • Deuxième point : 2 plaques portent les noms de dix salariés, cinq noms sur chacune d’entre elles.

En recherchant des renseignements sur ces 10 camarades, nous constatons sur la première plaque que les 3 premiers  : Gabriel FRANC , Germain GAUREL et Marius TREIL sont des soldats de la guerre 1914-1918.

 

Sur cette même plaque, les deux derniers noms sont Jean GUIMERA et André SAVÉS qui eux sont des résistants de 39-45. Le fait que ces combattants des deux conflits figurent sur la même plaque et que les deux plaques soient disposées de manière symétrique sur le monument, cela nous amène à penser qu’il a été érigé juste après 1945. 

 

La seconde plaque porte les noms de Roger SICRE, Marcel LABROUE, Jules PUJOL, Jean BARUTEL et Jean DUBOURDIEU. Le premier nommé, Roger SICRE fait partie du trio SICRE, SAVES, GUIMERA, trois ouvriers de l’Atelier Central, résistants membres des Francs-Tireurs et Partisans, arrêtés, torturés et déportés au camp d’extermination de Dachau.

 

 Enfin, les quatre derniers noms sont ceux de

Marcel LABROU(E), Jules PUJOL, Jean BARUTEL et Jean DUBOURDIEU.

Leurs noms figurent également sur une plaque commémorative signée « Amicale des prisonniers et déportés, à leurs camarades morts en captivité »

Celle-ci était apposée sur le bâtiment situé à gauche du central téléphonique (face à la Direction).

 

 

 

 Ces 10 cartouchiers, qui étaient-ils ?

 

Gabriel Eugène FRANC est né à Toulouse le 21 mai 1885.

Il habitait 18 rue du Béarnais et sa profession était celle de Découpeur sur bois. Il fut incorporé le 8 octobre 1906 au 126ème Régiment d’Infanterie, nommé caporal puis sergent avant d’être libéré de ses obligations le 30 décembre 1911.
A la déclaration de la guerre, il a 29 ans et est incorporé au 18ème d’Infanterie jusqu’au 14 juillet 1915.
Le lendemain, il est détaché à l’Atelier de Fabrication de Toulouse où il travaillera jusqu’au 11 juin 1917.
Le 12 juin, il est incorporé au 143ème Régiment d’Infanterie Territoriale.
Il se bat vaillamment et est cité à l’ordre du Régiment le 20 juin 1918 (Très bon sous-officier, calme et courageux. Pendant la période du 9 au 13 juin a commandé sa section avec calme et sang-froid, donnant à tous le plus bel exemple de courage et du mépris du danger).
Il est alors décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze.
Il est tué à l’ennemi le 29 septembre 1918 à Pinon, dans le département de l’Aisne, moins de deux mois avant l’Armistice, à l’âge de 33ans. Il figure sur le Livre d’Or de la Ville de Toulouse et son nom est gravé parmi 5210 autres sur le monument aux morts de Toulouse.

Gabriel Eugène FRANC est reconnu Mort pour la France.

 

Germain Irénée GAUREL est né à Toulouse le 14 octobre 1889.

Il est ajusteur en mécanique. Incorporé le 1er octobre 1910 au 7ème Régiment d’Infanterie à Cahors, il est libéré le 25 septembre 1912. Le 3 août 1914, il est mobilisé dans le même régiment comme soldat de 2ème classe.
Il est porté disparu le 1er septembre 1914 à Semide dans les Ardennes. Ce n’est que le 16 octobre 1920 que son corps sera authentifié dans le cimetière communal de Suppes et sera transféré le 11 décembre 1922 dans la tombe n° 4832, au cimetière militaire de cette même ville (Arrondissement de Châlons sur Marne).
Il est cité dans le Livre d’Or de la Ville de Toulouse et son nom est gravé sur le monument aux morts de la ville de Toulouse situé au cimetière de Salonique.

Germain Irénée GAUREL est reconnu Mort pour la France. 

Marius TREIL, est né à Toulouse le 18 avril 1897.

Le 6 mai 1915 (il n’a alors que dix-huit ans) il s’engage à la Mairie de Toulouse pour servir au 56ème Régiment d’Artillerie.
Le 6 décembre 1915, il est détaché à l’Atelier de Fabrication de Toulouse comme Tourneur Mécanicien.
Il est relevé le 28 avril 1917 pour servir comme canonnier de 2ème classe au 256ème Régiment d’Artillerie.
Il meurt sur le front de l’Aisne le 27 juin 1917.
Cité à l’ordre du Régiment  (Canonnier très courageux, mortellement atteint à son poste le 27 juin 1917 alors qu’il travaillait à l’organisation de la position).
Décoré de la médaille militaire à titre posthume. Croix de Guerre avec deux étoiles de bronze. Inscrit sur le Livre d’Or de la Ville de Toulouse, son nom figure sur le monument aux Morts du cimetière de Salonique.

Marius TREIL est reconnu Mort pour la France. 

 

Outre ces trois poilus de 14-18, les sept autres noms font partie du 2ème conflit mondial. 

 

Jean GUIMERA, André SAVÉS et Roger SICRE sont indissociables.

En novembre 1942, l’Allemagne nazie envahit la « zone libre » et le potentiel productif de la Cartoucherie de Toulouse tombe entièrement aux mains des allemands.
Nombreux alors sont les salariés qui réagissent en participant activement à plusieurs réseaux de Résistance. 
Certains se spécialisent dans le renseignement, eux choisissent l’action en adhérant à la 3402ème Compagnie des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF), seul groupe de résistance armée formé dans l’établissement.

Dès lors, ces trois camarades d’atelier auront un destin semblable : ils travailleront ensemble, résisteront ensemble, seront arrêtés et déportés ensemble et n’en reviendront pas.

 

Jean Victor GUIMÉRA est né à Toulouse le 24 juin 1918.

Pendant la guerre Il réside au 27 de la rue Paul Bert à Toulouse et travaille à la Cartoucherie où il fait la connaissance de ses deux camarades.

Arrêté le 11 juin 1944, après avoir été « interrogé » de la façon dont on peut imaginer, il est envoyé sur Compiègne d’où il prendra, le 2 juillet 1944 le convoi N° 7909 plus communément appelé « Train de la mort » destination : Dachau. Il y sera enregistré sous le matricule 76918 puis sera affecté au camp de Flossenbürg avant d’être envoyé à celui de Hersbruck où il trouvera la mort le 14 décembre 1944. 

 

Hersbruck : Aménagé entre mars et septembre 1944 sur un ancien terrain du service du travail allemand, à 30 km à l'est de Nuremberg, ce Kommando a été créé pour installer une usine souterraine fabriquant des moteurs d'avion. Le travail des détenus consiste à déblayer les roches, préalablement dynamitées, afin d'aménager les galeries. 10000 détenus environ sont passés par ce camp annexe, 4000 y sont morts. En avril 1945, la SS évacue 1600 malades par train et 3800 à pied vers Dachau. Plus de 600 meurent en route. 

 

André Elie SAVÉS est né le 17 mars 1925 à Toulouse où il réside avec ses parents Allées de Saint-Simon.

En janvier 1940 il entre comme apprenti à l’école de la Cartoucherie, matricule 8244.
A l’issue de son apprentissage il intègre l’Atelier Central comme professionnel où il s’implique rapidement dans un réseau de résistance. Nous connaissons quelques-unes de ses activités clandestines par le témoignage de Bernard DEMAI qui réalisa en 1980 un article dans les colonnes du journal d’entreprise Le Polygone n° 3.
Il y raconte comment avec Elie (SAVÉS), malgré leur jeune âge, ils participent la nuit à des coups de mains armés, à des sabotages ou se contentent d’imprimer des tracts de propagande sur une vielle ronéo.
Il y relate les circonstances de l’arrestation de SAVÉS en précisant que le groupe fut victime d’une dénonciation dont l’auteur fut connu.
Nous savons par ailleurs que les agents de la Gestapo qui l’arrêtèrent le soir après le boulot commençèrent à le torturer au domicile même de ses parents. Bernard DEMAI, dans son témoignage, précise qu’aucun des trois copains arrêtés ne parla puisque nul autre du réseau ne fut arrêté.
Après son arrestation, André SAVÉS  lui aussi fut dirigé vers le camp de Compiègne pour être transporté à Dachau par le même train. Etaient-ils tous les trois dans le même wagon ?
Son matricule d’interné est le 77399.
Il n’atteindra pas l’âge de 20 ans puisqu’il décèdera le 7 janvier 1945 au camp de Flossenbürg.

André Elie SAVÉS est reconnu Mort en Déportation par arrêté du 1er avril 1998. 

 

Flossenbürg : On estime à 5 344, dont 965 femmes, le nombre de Français passés par ce camp avant avril 1945. Le travail imposé tourne toujours autour de deux grands axes : d'une part l'industrie de l'armement et en particulier de l'aéronautique avec des usines Messerchmitt, et d'autre part les travaux du sol dans les carrières de granit, le forage de tunnels et d'usines souterraines. C'est dans le Kommando de Hersbruck que le taux de décès est le plus important parmi les Français avec 74%.

 

Roger Jean-Pierre SICRE est né le 9 septembre 1922 à Toulouse.

De deux ans et demi l’aîné d’André SAVÉS, son camarade d’atelier. Comme lui il s’engage très tôt dans le réseau des FTPF. Il est arrêté le 12 juin et expédié au camp de Compiègne. Il fera partie des 2152 passagers du train de la mort, dont 519 périrent pendant le voyage. Roger SICRE, matricule 77399, décède le 14 mars 1945, soit un mois et demi avant la libération du camp par les forces américaines.

Roger Jean-Pierre SICRE est reconnu Mort en Déportation par arrêté du 19 août 2002. 

 

Marcel LABROUE, Jules PUJOL, Jean DUBOURDIEU, Jean BARUTEL. 

Pour ces quatre noms inscrits sur le monument aux morts et pour lesquels nous savons qu’ils ont été prisonniers ou déportés et morts en captivité (il n’y a qu’à lire la plaque qui leur rend hommage) nous ne possédons que très peu de renseignements et sommes en cours de recherches. 
En résumé, nous constatons que bien qu’ils fussent honorés régulièrement à l’époque de l’ATE, nous ignorions l’épopée de ces dix martyres.
Excepté les trois du Central pour lesquels nous connaissions l’histoire gravée sur leur stèle, tous les autres ont gardé leur destin inconnu.

Aujourd’hui, alors que l’action et les interventions de notre association conduisent la Ville de Toulouse à reconstruire ce monument, nous nous devons de redécouvrir leur passé afin d’honorer leurs sacrifices et de perpétuer leur mémoire.
C’est bien là un des buts que l’Association des Anciens de la Cartoucherie de Toulouse s’est fixé. 

Au fur et à mesure de nos découvertes, nous actualiserons ces informations. 

Le 26 novembre 2015.

 Robert Gadet. 


Quelques actions de notre association sur ce sujet.

Moins de deux mois après son élection, le Conseil d'Administration de l'AACT s'adresse, par le biais de son président, au Maire de Toulouse pour lui demander la reconstruction du Monument détruit.

(Voir ci-dessous la lettre de l'AACT  et la réponse de Jean-Luc Moudenc).


Les premières réunions avec la Mairie de Toulouse.

Depuis cet échange de courrier, deux réunions ont eut lieu. La première s'est tenue le 10 juillet à la Mairie de Toulouse, la seconde à la mairie de quartier Cartoucherie le  27 novembre 2015.

(Voir ci-après les comptes-rendus de ces réunions).

A l'issue de cette dernière réunion, le Conseil d'Administration de l'AACT a entériné le choix de l'emplacement du futur monument aux Morts. Désormais, il va falloir décider de son architecture mais aussi en établir le coût.  Nul doute que de nombreuses autres réunions seront encore nécessaires pour mener ce projet à son terme.

Nous ne manquerons pas de vous en informer.